Une ouverture, des questions

Ce matin, c’est la rentrée pour 3277 élèves des 31 écoles angoumoisines. Allée du Bois, dans les anciens locaux de la Direction départementale de l’équipement, un nouvel établissement scolaire « hors contrat » ouvre également ses portes. Son nom ? « Le Cours l’Odyssée », une école de la fondation Espérances banlieues, financée par des dons privés.

« Indépendante », dixit son directeur, Geoffroy Blanc. Il s’agit de la onzième école de la sorte qui voit le jour dans l’Hexagone. A Angoulême, le projet est porté par l’association Education partagée en Charente qui s’appuie sur le modèle imaginé par Espérance banlieues. Objectif : “proposer une éducation alternative à celle proposée dans d’autres écoles” peut-on lire sur le site Internet de la fondation. Entre rites traditionnels et méthodes se voulant novatrices.
Des rituels d’abord. Exemple : le lever du pavillon français, européen et de l’école, chaque matin à 8h20 au son de “La Marseillaise”. Le but ? “C’est une aide à l’apprentissage, un moyen de se dire qu’on a la chance d’aller à l’école”, lance le directeur. Ce n’est pas tout. ici, les élèves sont vouvoyés et arborent l’uniforme “pour gommer les différences”. Les classes sont multiniveaux. Chaque mois, les familles doivent verser 55 euros. Un outil pédagogique pour le directeur “afin de permettre aux parents d’avoir une implication dans le suivi de l’enfant”.

Pas de devoirs écrits

Pour encadrer ces jeunes, deux enseignantes ont été embauchées en CDI. Les écoles Espérance banlieues sont, soit dit en passant, libres dans le recrutement des professeurs. A Angoulême, ce sont Aude Lambard, 27 ans et Valentine De Seyssel, 24 ans, qui officieront. S’ajoute Agnès Augagneur, en service civique pour venir en appui des deux maîtresses. Les enseignantes le précisent et insistent, elles suivent les directives du Bulletin officiel de l’Education nationale. Objectif : offrir aux élèves un “socle commun”. Concernant le contenu des cours, les enseignantes veulent donc s’appuyer sur des pédagogies nouvelles. La méthode de Singapour pour les mathématiques qui donne la part belle à l’apprentissage par la manipulation. Mais aussi la méthode syllabique ou orthographique pour la lecture. Par ailleurs, le midi, chaque élève amène son panier-repas. Et l’équipe pédagogique déjeune avec les enfants. Ici, on considère en effet que la pause méridienne fait partie intégrante de l’apprentissage.

Autre spécificité : le vendredi après-midi, une demi-journée est consacrée à des sorties hors de la classe. “On pourra aller au bois des Mérigots, au musée d’Angoulême ou encore sensibiliser les élèves au tri”, citent, pêle-mêle, les enseignants qui prévoient d’envoyer régulièrement des SMS aux parents. Et les notes ?

“On n’a pas de problème avec ça.” Mais pas de devoirs à la maison. Seulement de l’apprentissage oral. Une heure d’étude de 15h30 à 16h30 sera consacrée au travail écrit. L’association cherche d’ailleurs des bénévoles pour cette aide aux devoirs.

Une capacité de 19 places

Geoffroy Blanc estime que cette nouvelle école, qui dispose d’une capacité maximale de 19 élèves, répond, à coup sûr, à “un besoin localement complémentaire”. L’objectif étant la création d’un collège d’ici cinq ans. Volubile sur la pédagogie et le rôle que veut remplir cette nouvelle école, le directeur l’est un peu moins sur la question des effectifs. Et botte en touche. Impossible de savoir le nombre d’élèves qui étrenneront leurs cartables ce matin. Geoffroy Blanc indique en effet que “le recrutement se poursuit jusqu’à la Toussaint.On garde des places. Prioritairement pour des enfants issus des quartiers.” Le chef d’établissement prend l’exemple de Roubaix où une école de la sorte a ouvert ses portes il y a quelques années avec sept élèves à la rentrée avant que l’effectif ne grimpe jusqu’à 20 à la Toussaint. Geoffroy Blanc précise que le Cours l’Odyssée accueillera dès aujourd’hui des élèves des quartiers de Basseau, la Grande Garenne et la Grand Font. A noter enfin que pour l’heure, aucun transport scolaire n’est prévu mais que l’acquisition d’un minibus est dans les tuyaux.

“Aconfessionnel et apolitique ?”

“innovantes ou réac?” C’est le titre d’un article paru en mars dans “Le Nouvel Obs” au sujet des écoles Espérance banlieues. Avec des rituels traditionnels tels que le lever de drapeau, la question doit être posée. D’autant que cet hiver, la gauche s’est interrogée sur la création de cette école, faisant valoir des liens avec la Manif pour tous. Le directeur angoumoisin, Geoffroy Blanc, balaie ces critiques. “Nous n’avons aucun lien avec quelques mouvements que ce soit”, dit-il, insistant sur le côté «aconfessionnel et apolitique. Je ne comprends pas tout ce battage. Cette école est née du désir d’Angoumoisins qui se sont dit “qu’est ce qu’on peur faire pour les quartiers prioritaires de la ville?”. Nous ne sommes pas promoteurs de je ne sais quel courant et nous voulons redonner du sens à cette belle laïcité à la française. On veut une éducation pragmatique.» Ce dernier rappelle que l’ouverture de l’école est soumise à une déclaration auprès de l’inspection académique.

 

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Source : Article Sud Ouest du 04 septembre 2017

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