Entretien avec Marc-Olivier Sephiha à propos de la pédagogie « consciente »

Marc-Olivier Sephiha, professeur de français dans un collège public des Hauts-de-Seine est venu former nos professeurs à la « pédagogie consciente ». Cette pédagogie, axée sur le concret et le sens, vise à favoriser la concentration, la compréhension fine et la mémorisation à long terme. Deux jours d’approfondissement étaient prévus pour les professeurs connaissant déjà la méthode et 3 jours d’initiation étaient dédiés aux nouveaux professeurs. A cette occasion nous avons pu lui poser quelques questions.

Racontez-nous votre parcours…

J’ai toujours eu envie de devenir professeur depuis le collège ! A l’époque, j’avais déjà observé que les élèves, selon les profils et les difficultés, réagissaient différemment selon les pratiques des professeurs.

Pourtant, je ne suis pas tout de suite devenu enseignant car je souhaitais d’abord enrichir mon expérience et mon rapport au réel. J’avais moi-même des lacunes et je sentais qu’il fallait que j’arrive avec un peu d’étoffe. J’ai fait des études de philosophie, de lettres et arts du spectacle. J’ai commencé par faire beaucoup de théâtre, j’ai d’ailleurs écrit un livre d’entretien avec mon père spiritual de théâtre Jean Gillibert, un homme exceptionnel, l’éthique passant pour lui avant l’esthétique (NDLR : Jean Gillibert ou l’autre théâtre). J’aimais et j’aime toujours aussi beaucoup le chant puis je suis devenu surveillant à la naissance de mon 1er enfant.

Mon goût pour l’enseignement était bien réel, j’ai alors passé le CAPES et je suis entré à l’IUFM à Paris pour devenir professeur de français en 2007. J’ai d’abord enseigné au collège Georges Pompidou à Villeneuve-la-Garenne puis au collège Thomas Masaryk de Chatenay-Malabry, tous deux classés en ZEP prévention violence.

Et comment avez-vous découvert cette « pédagogie consciente » ?

Devant l’ampleur des problèmes liés au niveau scolaire de mes élèves, j’ai voulu en comprendre les raisons et surtout trouver des solutions.

Je me renseigne, je fais des rencontres, je lis beaucoup d’approches pratiques et théoriques, notamment celles de Marc Lebris, Colette Ouzilou, Liliane Lurçat et d’autres. Je cherche toujours à relier la théorie à la pratique, à tester et surtout en faire bénéficier mes élèves. Je découvre l’approche du Docteur Wettstein-Badour nourrie par les neurosciences (fonctionnement du cerveau dans l’apprentissage de la lecture notamment) et la gestion mentale du pédagogue Antoine de la Garanderie. Je m’intéresse aussi aux propos de Laurent Lafforgue, médaillé Fields en 2002, et qui en tant que mathématicien de haut niveau donne une autre vision des pseudo-sciences de l’éducation. Il défend aussi l’enseignement du français et l’importance de cette matière alors même qu’il est mathématicien.

Je mets en place des ateliers de rééducation dans mes classes pour apprendre à lire à mes élèves, notamment avec la méthode alphabétique (méthode pluri-sensorielle de lecture et écriture, sans « mot-valise ») grâce à la méthode Boscher et la méthode Cuissart notamment. Je ne cesse de m’intéresser à ces approches. Les élèves découvrent alors que la lecture est une formidable aventure, car lire c’est apprendre à imaginer la scène dans tous ses détails, se faire un film. Voici d’ailleurs quelques conseils pour bien apprendre à lire : lire en allant lentement, articuler et veiller à bien coordonner l’œil et la parole, par le biais de cache par exemple.

Un jour, je participe à un colloque au cours duquel je découvre un livre d’Elisabeth Nuyts. Elle fait le lien entre plusieurs approches, celles de La Garanderie, de Montessori et des neurosciences. Quelques jours après, lisant encore son livre, je reçois un appel d’Elisabeth Nuyts qui avait pris connaissance des ateliers que j’avais mis en place. Je lui envoie alors mon dossier et c’est la première qui pointe les éléments que je dois creuser ; elle axe sur l’importance de la parole pour développer les perceptions, c’est-à-dire développer sa voix intérieure et la perception de soi.

Cette pédagogie n’est en réalité pas qu’une méthode, elle explicite les grandes lois de fonctionnement de l’esprit humain ! Elle a été découverte en partant du besoin d’élèves en difficulté mais en réalité elle est applicable à tous ! C’est une vraie pédagogie de l’autonomie, une pédagogie consciente !

Pour finir, quels conseils auriez-vous pour nos professeurs ?

Être professeur c’est avant tout aider ses élèves à réfléchir à tout ce qu’ils font, à ce qu’ils voient et ce qu’ils lisent. C’est aider l’élève à construire ses propres repères intérieurs.

Veillez ainsi à chercher le sens précis de chaque apprentissage, l’enseignement devient alors une enquête intellectuelle passionnante et non une reproduction mécanique ! Analysez les difficultés pour en faire quelque chose de simple. Enfin sensibilisez vos élèves à tout dire avec leurs propres mots.

Repartez par exemple du principe de l’organicolor (NDLR : un puzzle de deux formes géométriques et 4 couleurs) pour retenir l’essentiel afin de déployer une pédagogie consciente. Les 3 mots clés sont SENS, ANALYSE et PAROLE PERSONNELLE.

La première étape consiste à donner un sens précis au modèle pour être capable de construire une image mentale. Ensuite vient l’analyse pour diviser les éléments complexes en formes simples (proportion, couleur, positionnement) et enfin tout dire à voix haute avec ses propres mots pour pouvoir le mémoriser à long terme.

Un grand merci Marc-Olivier pour ces précieux conseils et cette semaine de formation !

 

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