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Le Parisien, 21 novembre 2016 : «Un pas après l’autre», documentaire sur une école pas comme les autres en Seine-Saint-Denis

«T’imagines le soldat inconnu, c’est un de nos oncles ?» . Ces jeunes enfants de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) qui visitent l’Arc de triomphe s’interrogent sur leur identité, à travers cette remarque. La quête d’identité, c’est tout le sens de ce documentaire, «Un pas après l’autre» de Romain Potocki diffusé, ce mardi, à 23h20, sur France 2, dans le cadre de l’émission Infrarouge.

L’école et l’éducation comme vecteur d’intégration. C’est la mission que s’est fixé un «aristo de la campagne, fauché, catholique et laïque», Albéric de Serrant. Enseigner la tolérance et le vivre ensemble est son sacerdoce. Le «cours Alexandre-Dumas» accueille une centaine d’enfants de la maternelle à la 3e, avec 80 % de musulmans. Le directeur, catholique, y cultive l’amour de soi et la conscience des autres.

«La France, c’est une multitude de richesses et d’origines. Il faut réconcilier ça chez l’enfant. Ne pas fuir, ni rejeter ni votre famille ni le fait d’être né en France. C’est un attachement qui ne se programme pas, le patrimoine de la France est à eux. Qu’est-ce qu’ils vont en faire ?», témoigne, dans le documentaire, le directeur de cet établissement privé hors contrat qui est visiblement habité par sa mission. Une petite heure durant, on suit les aventures de Siham, Jalal ou Fatima, avec plaisir, car sans nul doute, ils seront de ceux qui vont «raviver la France».

Trois questions au réalisateur Romain Potocki.

Que retenez-vous de votre passage dans cette école ?

Si je dois retenir un seul souvenir, une seule image après un an et demi de présence et de travail à l’école, c’est l’accueil que fait le directeur, Alberic de Serrant, aux familles et aux enfants le jour de la rentrée. Peu de temps avant, et c’est la première scène du film, je l’avais entendu «briefer» les profs sur l’importance du premier regard. Dans sa façon d’accueillir des femmes voilées, des hommes barbus et des enfants joyeux, ce matin-là, dans sa manière de les faire se sentir chez eux – comme sait le faire n’importe quel maître de maison dans son milieu aristocratique – il y avait une chaleur et une invitation à l’autre qui m’a durablement marqué. Moi je crois profondément que tout se joue dans le premier regard. Dans le signal qu’on envoie à l’autre. De la peur, de l’agressivité ? Alors l’autre vous paraîtra agressif, et apeuré. Mais si vous lui envoyez de l’accueil, de la bienveillance et un sourire, il donnera tout autant en retour… Et plus que jamais dans une culture maghrébine ou africaine où l’invité est sacré. C’est pour ça que le film commence avec le matin de la rentrée. On se prépare à aller voir l’autre, que va-t-on faire, qui va-t-on choisir d’être ? Un homme accueillant, une femme souriante ? Comment va-t-on transmuer sa peur en joie et en bienveillance…? Le film essaie de répondre à ces questions qui sont très centrales par les temps qui courent…

L’école privée, L’uniforme, le vouvoiement, la discipline sont-ils des réponses à une supposée défaillance de l’Éducation Nationale ?

Ce n’est pas un film sur l’Éducation Nationale, c’est un film sur l’éducation. Sur ce que ça demande d’efforts, de sacrifices, de bonnes rencontres et de tout petits pas pour se construire, quand on a de 6 à 16 ans. Je connais le travail de très nombreux profs de l’Education Nationale qui font des merveilles dans les quartiers et qui se reconnaîtront j’en suis sûr dans ce film. « Il faut qu’ils sentent que la discipline vient de notre amour », dit le directeur, Alberic de Serrant, au début du film, et c’est exactement mon idée de l’école. La discipline pour la discipline, pour l’ordre, pour la morale des bien-pensants ne m’intéresse pas. C’est quand elle est au service de l’enfant, pour le guider, l’aider à se construire, qu’elle m’intéresse. Et en cela l’uniforme (dans cette école c’est un sweat à capuche, je le rappelle) m’intéresse. Ne plus marquer les différences sociales, faire qu’un fils d’ouvrier ne se sente pas dévalorisé face à un fils de bourgeois, qu’il sente dès le départ qu’il a les mêmes chances, ou en tout cas qu’on les lui donnera, c’est mon idée de la République et de la France, et on est encore bien loin du compte, alors le boulot de cette école en ce sens me plaît…

Qu’est-ce que votre documentaire dit de la France d’aujourd’hui ?

Ça dit que la France, contrairement à ce qu’essaie de nous dire l’extrême-droite aujourd’hui, c’est un récit autant qu’une terre, une appartenance autant qu’une naissance, une identité autant qu’une lignée. Je suis moi-même petit-fils d’immigré polonais, je sais ce que la France a représenté et représente encore pour les exilés de tous bords, pour ceux qui rêvent d’un pays différent. Je me sens héritier de tous ceux qui sont venus d’ailleurs et qui ont choisi de rester, et de faire famille ici. J’ai un nom bizarre que personne n’arrive à prononcer… et pourtant je suis français. De plein droit. Comme si j’avais toujours été là. Voilà ce que j’ai voulu raconter à travers ce film, voilà ce que nous dit cette école aujourd’hui. « La France, c’est un coq qui chante même les pieds dans la merde », dit souvent Alberic de Serrant, le directeur de l’école. Si ça te va, étranger de n’importe quel pays, si tu rêves de liberté, d’égalité, de fraternité et que tes pas t’ont mené ici, et que tu as envie d’y faire des rêves et pourquoi pas ta famille, sois le bienvenu…

Source : Article texte web Le Parisien du 21 novembre 2016 par Ronan Tésorière

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